Des câbles aux satellites, l’Internet sans fil La Science, CQFD

Un vaste réseau de câbles sous-marins sous-tend 98% des communications par Internet dans le monde. En parallèle, des constellations de satellites fleurissent dans l’espace rendant possible l’Internet par satellite. Cette solution est-elle une alternative plausible à grande échelle au réseau câblé ?

Voix off : France Culture – La Science, CQFD – Natacha Triou

Natacha Triou : L’OTAN teste actuellement l’Internet par satellite et l’Union européenne se lance dans le projet de constellation satellitaire avec le projet IRIS2 [1]. Sommes-nous sur le point de repenser l’Internet ?
98 % des flux internet dans le monde passent par les câbles sous-marins, ce sont les autoroutes du Web, mais Starlink [2], la méga-constellation d’Elon Musk, a rendu possible l’Internet par satellite et on voit fleurir des projets de flottes satellitaires un peu partout. Quelle sera la route technologique de l’Internet de demain ? Les câbles sous-marins et la fibre optique seraient-ils devenus obsolètes ? L’Internet par satellite est-il une alternative plausible à grande échelle des réseaux câblés ?
« Des câbles aux satellites, l’Internet sans fil »
Xavier Pasco, bonjour.

Xavier Pasco : Bonjour.

Natacha Triou : Vous êtes directeur de la Fondation pour la recherche stratégique [3] et spécialiste des questions spatiales.
Ophélie Coelho, bonjour.

Ophélie Coelho : Bonjour.

Natacha Triou : Vous êtes chercheuse indépendante en géopolitique du numérique et doctorante au Centre Internet et Société du CNRS [4] et du CARISM, Centre d’analyse et de recherche interdisciplinaire sur les médias [5] qui appartient à l’Université Panthéon-Assas.
Merci à vous deux d’avoir accepté notre invitation et merci à vous qui nous écoutez à toute heure, en podcast. N’hésitez pas à vous abonner sur notre fil podcast sur l’appli Radio France, n’hésitez pas non plus à nous suivre sur Bluesky. Tous les jours, nous postons pour vous toutes nos sources, c’est sur notre compte @sciencecqfd.
Comment fonctionne le réseau mondial actuel et l’Internet par satellite peut-il se passer d’un réseau terrestre ? Nous sommes ensemble jusqu’à 17 heures pour répondre à ces questions. Mais d’abord, quelles sont les infrastructures terrestres qui sous-tendent ce réseau ? Un premier élément de réponse avec notre archive du jour.

Journaliste et Gaston Berthe, maire de Calais, 1950, voix off : Il y a aujourd’hui 100 ans était posé, à travers le Pas-de-Calais, le premier câble sous-marin qui devrait permettre les communications télégraphiques entre la France et l’Angleterre. Monsieur Berthe, maire de Calais, prononce un discours dans lequel il dit notamment : « Sans doute, les perfectionnements se sont-ils multipliés depuis l’époque où ce fil conducteur, posé sur le fond du détroit, reliait les deux nations. Mais il faut rappeler que ce premier essai, après quelques incidents techniques et une mise au point, a été apprécié immédiatement. En 1853 déjà, le nombre de correspondances télégraphiques dépassait 100 000. L’appareil employé, de Foy et Bréguet, ferait désormais piètre figure à côté du matériel moderne dont on se sert actuellement. Sa simplicité en ferait un jouet auprès des mécanismes complexes dont pourtant les spécialistes et les techniciens se servent avec une dextérité que nous ne nous lassons d’admirer. L’évocation du chemin parcouru depuis la date du premier télégramme France-Angleterre peut paraître inutile, puisque je m’adresse justement à un auditoire parfaitement au courant des questions de radiodiffusion. J’ai néanmoins voulu rappeler cette évolution prodigieuse, due au génie humain, qui a servi admirablement au rapprochement des peuples. »

Natacha Triou : Voilà. Le centenaire de la pose du premier câble sous-marin diffusé sur la RTF en 1950. 1851, ce fil conducteur entre deux nations donnera, Ophélie Coelho, le coup d’envoi à l’installation de nombreux autres câbles.

Ophélie Coelho : Absolument, oui. C’est vraiment un coup d’envoi qui va être ensuite accompagné du déploiement d’un ensemble de câbles au niveau mondial, avec un premier réseau mondial qui va être plutôt la possession de l’Empire britannique, au service de l’Empire britannique, qui va être la All Red Line, qui va d’ailleurs devenir un outil au service de l’Empire britannique lors des conflits, lors, aussi, d’un certain nombre de négociations internationales avec alliés ou ennemis selon les périodes historiques. C’est vrai qu’on va avoir progressivement de plus en plus de câbles télégraphiques et puis, progressivement, avec le développement des réseaux de télécommunications et d’Internet, ces réseaux de télégraphie vont être remplacés par d’autres types de câbles jusqu’à arriver à la fibre optique qu’on connaît aujourd’hui.

Natacha Triou : 1988, le premier câble de fibre optique qui sillonne l’Atlantique est posé, Xavier Pasco.

Xavier Pasco : Oui. C’est intéressant quand on compare aux satellites. Quand on a lancé les premiers satellites géostationnaires – on parlera des nouvelles constellations ensuite –, on avait l’idée que ces satellites permettraient la communication intercontinentale, entre deux continents, et que, finalement, les réseaux terrestres seraient les réseaux locaux. Il s’est avéré que c’est l’inverse qui s’est produit puisque, très rapidement, ces câbles qui ont été posés et puis, évidemment, la fibre optique aujourd’hui, en fait relient l’essentiel des communications entre les continents, donc sous les océans, et les satellites géostationnaires, pas les mêmes que ceux dont on va parler bientôt, diffusent de la télévision de manière régionale. Au départ, c’est un peu contre-intuitif technologiquement puisqu’on se dit que l’espace a une vocation à globaliser les télécommunications, eh bien très rapidement ça s’est organisé différemment.

Natacha Triou : Aujourd’hui, les satellites ne jouent qu’un rôle marginal, l’écrasante majorité des données circule par ces câbles sous-marins qui canalisent près de 98 % - 99 % du trafic, Ophélie Coelho.

Ophélie Coelho : C’est vrai qu’on a tendance à dire ça, ce qui est vrai et faux, parce que, finalement, la grande majorité des données passe plutôt par les réseaux terrestres à la base. La raison pour laquelle on va avoir besoin des câbles sous-marins d’un continent à un autre principalement, c’est justement qu’on va être dépendant d’infrastructures qui sont à l’autre bout de l’océan, c’est donc pour cela qu’on a besoin de ces câbles sous-marins. Sinon, la majorité du trafic est quand même plutôt intercontinentale en général, sauf que, par exemple, quand on a des dépendances comme c’est le cas en Europe, nous sommes très dépendants des technologies américaines, beaucoup de données passent au travers de l’Océan Atlantique.

Natacha Triou : Xavier Pasco.

Xavier Pasco : C’est d’ailleurs ça, l’Internet, qui a donné l’idée à certains de globaliser tout ça en utilisant un maillage véritablement orbital avec ces nouveaux satellites. On voit bien que se jouent là à la fois des contraintes géographiques, des contraintes politiques aussi, des contraintes technologiques, c’est vrai aussi.

Natacha Triou : En 2021, on dénombrait plus de 420 câbles qui traversent le monde, d’une longueur cumulée de plus d’un million de kilomètres. Le nombre de ces câbles, qui sont donc les autoroutes de l’Internet, Ophélie Coelho, devrait augmenter ?

Ophélie Coelho : Oui, évidemment. Après ça peut être contre-intuitif, on va expliquer pourquoi c’est le cas.
Par rapport au satellite, le câble sous-marin a quand même des avantages : déjà, il peut transporter beaucoup plus de données qu’un satellite et, de toute façon, les constellations satellitaires à orbite basse dont on va parler, que Monsieur Pasco pourra un peu plus expliquer, sont dépendantes de l’infrastructure terrestre, c’est-à-dire à la fois des câbles, mais aussi des centres de données qui sont sur les territoires. On va donc avoir besoin, si on veut continuer à développer les usages numériques, d’avoir effectivement de plus en plus de câbles et aujourd’hui il y a une forme de prédation des producteurs de câbles, des propriétaires de câbles qui sont aujourd’hui souvent les Big Tech, c’est-à-dire les grands géants de la technologie type Google, Meta et aussi de plus en plus Microsoft qui va là-dedans. En fait, ils vont acheter la pose de câbles, ce ne sont pas eux qui les posent, ils n’ont pas de flottes de navires câbliers, en tout cas ils sont propriétaires de câbles géants qui leur permettent d’asseoir, quelque part, leur position de leaders aussi dans ce secteur-là.

Natacha Triou : La construction de nouveaux câbles, de câbles géants, ce sont les géants du numérique, Ophélie Coelho.

Ophélie Coelho : Absolument, avec un changement complet du paysage de cette industrie.
Historiquement, c’était plutôt du côté des États et des télécoms. Au départ, on peut parler des câbles télégraphiques et des câbles, ensuite, plus de télécommunications, on était plutôt dans une approche public, puis public/privé, puis privé avec la libéralisation des télécoms. On a eu des grands consortiums, le modèle traditionnel c’étaient des grands consortiums de télécoms qui étaient copropriétaires de câbles.
Aujourd’hui, depuis à peu près une dizaine d’années, tout cela change complètement. On va avoir plutôt des leaders technologiques du numérique qui investissent ce marché, parce que ce sont ceux qui sont le plus en capacité de payer, d’assurer le financement, l’investissement dans ces infrastructures-là.

Natacha Triou : Xavier Pasco, en effet, historiquement, le numérique et le spatial sont très liés dès le départ. Intel et IBM, par exemple, participent au projet Apollo.

Xavier Pasco : Absolument, depuis le début.
Pour prolonger la remarque qui vient d’être faite, on pourrait montrer que c’est symétriquement la même chose dans le domaine du spatial. On voit les Big Tech, par exemple Amazon, par exemple Microsoft Azure, l’un des acteurs majeur du cloud, investir désormais dans des partenariats avec des opérateurs satellitaires. On voit donc bien que ces géants de l’information, on va dire, sont assez agnostiques d’un point de vue technologique, ce qu’ils veulent, en fait, c’est mettre la main, j’allais dire, sur l’ensemble des technologies qui permettent de transporter l’information et c’est cela qui est un peu nouveau. C’est très nouveau pour le spatial parce que ça le dé-singularise. Le spatial était toujours vu comme quelque chose d’un peu particulier, très haut, presque inaccessible. En fait, avec cette industrialisation par la tech, on a une forme de banalisation du spatial à travers les réseaux, avec une fusion du spatial dans les autres réseaux et c’est cela la grande nouveauté.

Natacha Triou : Je vois que sur les 30 câbles en projet dans le monde, Google en possède 17 où il est l’unique propriétaire, Ophélie Coelho.

Ophélie Coelho : Absolument. Ces 17 ne sont pas encore tous construits, en tout cas c’est en projet et ça avance très vite. Il y a deux ans, quand mon livre est sorti, j’en comptabilisais un peu plus de 20, 22 je crois, et en un an et demi à peu près, beaucoup de projets ont été lancés et validés. Donc oui, maintenant on peut vraiment dire que Google est effectivement le leader dans ce secteur-là.

Natacha Triou : Dans l’ensemble des télécoms, le satellite a toujours été marginal jusqu’à maintenant. On s’est aperçu très vite que les communications longue distance marchaient très bien par câble. Vous évoquiez, il y a quelques instants, l’avantage des câbles, comme quoi ça transporte plus de données. À quel point, Ophélie Coelho ?

Ophélie Coelho : Je vais être très honnête, je l’ai noté pour m’en souvenir.

Natacha Triou : On a tous nos notes sous les yeux !

Ophélie Coelho : Pour les câbles, je sais, mais pour les satellites, c’est un peu moins familier.
Pour les câbles à fibre optique, on peut aller vraiment jusqu’à 340 - 400 térabytes par seconde, ça ne donne pas une très bonne idée à ceux qui ne savent pas ce que ça représente, mais, en comparaison, on est plutôt sur du cinq gigabits par seconde pour, du coup, les satellites et aujourd’hui, en gros, on pourrait arriver à 40 fois plus que ce chiffre-là. Donc ça change, c’est complètement différent en termes de trafic possible sur l’une et l’autre des routes.

Xavier Pasco : Effectivement, tout change très vite. On a aujourd’hui des discours, par exemple chez Starlink, qui promettent un térabit/seconde, mais on est dans un rapport de 1 à 400, on reste quand même dans des ordres de grandeur extrêmement différents. L’intérêt pour les opérateurs de satellites, c’est de montrer qu’ils sont là de manière un peu complémentaire à ce qui reste finalement l’essentiel de l’architecture de transport d’informations.

Natacha Triou : Par rapport à cette architecture de transport d’informations, Ophélie Coelho, et de ses caractéristiques, en plus, le diamètre d’un câble sous-marin ce n’est rien du tout, je crois.

Ophélie Coelho : Oui, ce n’est rien du tout, c’est vraiment tout petit, ce qui fait d’ailleurs que ce n’est pas forcément facile à trouver dans l’océan, c’est plutôt un avantage d’une certaine manière. Il faut vraiment s’imaginer que la plupart, la très grande majorité des câbles sous-marins ce sont juste des petits câbles qui sont posés au fond de l’océan, qui ne sont même pas enterrés, c’est d’ailleurs l’un des problèmes qui peut se poser, en termes de sécurité et de protection contre les sabotages, ils sont juste posés sur les fonds marins en fait. Ils vont être enterrés uniquement dans les zones économiques exclusives, c’est-à-dire là où on se rapproche des terres nationales, des territoires nationaux, sinon ils sont posés.

Natacha Triou : Cette sécurité qui ne tient qu’à un fil, un tuyau d’arrosage si on veut se représenter les câbles !

Ophélie Coelho : Tout à fait. Un peu plus grand qu’un tuyau d’arrosage en termes de diamètre.

Natacha Triou : Vous évoquez ce sujet très important qui est celui de la sécurité. Quelles sont les limites de cette technologie, Ophélie Coelho ?

Ophélie Coelho : Les limites des câbles sous-marins ?

Natacha Triou : Qu’on observe d’ailleurs en ce moment. On peut peut-être aussi revenir sur ce qui est en train de se passer en ce moment dans la mer Baltique.

Ophélie Coelho : Il y a quand même souvent des accidents liés aux câbles sous-marins parce qu’on imagine bien que des câbles comme ça, de la taille d’un peu plus d’un tuyau d’arrosage, peuvent facilement être coupés par une ancre de bateau. Ça peut être aussi, parfois, des tremblements de terre sous-marins qui font qu’on va avoir, avec ces séismes, des accidents, des ruptures avec des rochers qui tombent sur les câbles. Il peut y avoir tout un tas d’accidents qui ne sont pas prévus, en tout cas qui ne sont pas volontaires, et qui causent, derrière, une rupture de câble. Il peut y en avoir toute l’année.
Ensuite, il y a des sabotages vraiment volontaires, ce qu’on peut soupçonner de plus en plus, en tout cas c’est ce qui a été beaucoup mis en avant lors des incidents en mer Baltique d’un possible sabotage, d’une opération de coupure de câble d’un navire chinois dans cette zone-là, ce qui paraît, d’une certaine manière, assez crédible : c’est sur un point qui rejoint deux câbles qui viennent en perpendiculaire, il faut donc bien connaître l’emplacement pour pouvoir le couper, mais il n’y a pas eu d’annonce. C’est toujours pareil, dans ces cas-là, il est rare qu’on ait l’annonce du pays commanditaire ou de l’organisation commanditaire d’un sabotage, en tout cas, on peut enquêter et essayer de faire des hypothèses.
Du coup, ça montre que les câbles sous-marins sont des infrastructures, mine de rien, qui sont soumises à sabotage et qui sont fragiles. Il y a donc un ensemble de projets, d’initiatives pour protéger ces câbles, depuis à peu près une dizaine d’années. En 2010, il commençait à y avoir une réaction au niveau international sur le fait qu’il faut quand même protéger un peu plus ces câbles qui sont juste posés au fond des mers. Et là, on a vraiment une collaboration. L’UIT, l’Union internationale des télécommunications, a créé une sorte de comité consultatif sur ce sujet-là, et puis il y a surtout l’OTAN, vous en avez parlé au tout début de l’émission, qui a donc créé ce projet, Hybrid Space/Submarine Architecture Ensuring Infosec of Telecommunications [6], je suis désolée de le dire en entier en anglais avec mon accent terrible, l’acronyme c’est HEIST. C’est effectivement une manière d’interconnecter le réseau spatial, donc des constellations en orbite basse, avec les réseaux de câbles, afin de pallier aux éventuels problèmes de rupture de câbles. C’est-à-dire, en gros, si on coupe une route sous-marine, on aurait une possibilité de créer une route spatiale.

Natacha Triou : Quelles conséquences, justement, si un câble est coupé ? Quelles conséquences concrètes peut-on observer ?

Ophélie Coelho : Ça va être très différent selon les pays.
Vous avez, par exemple, des pays qui n’ont qu’un seul câble, c’est le cas de certains pays du continent africain, qui ne sont connectés qu’à un seul câble sous-marin, eh bien ils n’ont plus Internet, tout simplement.
Ensuite, si vous êtes un pays comme la France qui est connectée à une vingtaine de câbles, à peu près, on va pouvoir passer par d’autres chemins, on va pouvoir passer aussi par des réseaux terrestres, ça va mettre un petit peu plus de temps selon la configuration du territoire, mais on pourra se reconnecter au réseau. C’est ce qu’on appelle la résilience, en quelque sorte la redondance du réseau, la possibilité de choisir d’autres routes quand une route est coupée, c’est aussi bête que cela.
Avec ce projet HEIST, l’idée c’est vraiment de créer cette redondance, de créer des routes complémentaires qui seraient celles du spatial.

Natacha Triou : Toutes ces routes et autoroutes terrestres pour le Web, on vient de vous publier, sur notre fil Bluesky, le TeleGeography [7], la carte interactive des câbles sous-marins. Je vous invite à y jeter un œil, c’est assez vertigineux, tout cela est bien maillé, mais, les satellites seront-ils une bonne option de secours ? Restez à l’écoute.

Voix off : France Culture – La Science, CQFD – Natacha Triou

Natacha Triou : En direct sur France Culture, avec Xavier Pasco et Ophélie Coelho, nous parlons d’Internet et plus exactement de ses infrastructures. On vient de voir que 1851 marquait le début d’une nouvelle ère, où les communications vont aller toujours plus vite, date où le premier câble télégraphique a relié la France et le Royaume-Uni. Si nous connaissons Internet tel qu’il est aujourd’hui, c’est bel et bien grâce à ces câbles sous-marins. On vient d’évoquer la fragilité, parfois, de ces infrastructures et on va évoquer, évidemment, l’avenir d’Internet en vue de l’évolution vers le NewSpace [8]. Mais d’abord, Xavier Pasco, l’Internet par satellite, comment ça marche ?

Xavier Pasco : On crée simplement un réseau nouveau, qui va connecter des points qui sont les points qu’on connecte par les autres réseaux, mais par le biais d’un chemin nouveau qui est le chemin spatial. Pour cela, on utilise des satellites qui agissent un peu comme des répéteurs. On a, finalement, une sorte de miroirs en orbite et puis on émet un signal qui va ensuite transiter. On appelle ça des constellations de satellites parce qu’elles comptent des milliers de satellites. Au passage, sur 10 000 satellites actifs aujourd’hui autour de la Terre, 7 000 appartiennent à Musk. Il ne compte pas s’arrêter là, il veut aller à 12 000 et ensuite à 42 000.
L’idée c’est quoi ? L’idée c’est de mailler le globe terrestre et de créer autant de chemins possibles entre ces différents satellites pour faire en sorte que l’information émise depuis un point terrestre arrive le plus rapidement possible à un autre point terrestre où on va utiliser cette information, sur le récepteur que vous aurez. Vous achetez une petite antenne, vous l’installez, et cette antenne fait le reste ; vous avez, avec un abonnement mensuel, accès à l’Internet à travers cette petite antenne.
Aujourd’hui, c’est ce qu’on voit en Ukraine par exemple dans le cadre du conflit avec la Russie. Les soldats ukrainiens utilisent beaucoup ce réseau, on le dit aussi des soldats russes, même quelquefois pour guider leurs drones, etc. On a donc une explosion des usages. Il faut bien voir que ces technologies évoluent, mais elles évoluent en parallèle des usages eux-mêmes qui évoluent. On n’utilise pas Internet aujourd’hui comme on l’utilisait il y a 20 ans. Parfois, on reste un peu dubitatif devant ces architectures qui se mettent en place avec, quelquefois, des effets spéculatifs qu’on craint un petit peu et, en même temps, on voit bien qu’il y a des nouveaux marchés, en tout cas, des nouveaux usages qui se sont mis en place et je crois que c’est important de le dire.

Natacha Triou : Ophélie Coelho.

Ophélie Coelho : Oui, absolument. Je pense qu’il faut effectivement le mettre en parallèle.
Par exemple, concernant le projet dont on parlait pour l’OTAN, d’autres acteurs sont concernés, si je me trompe, vous me corrigerez, Monsieur Pasco. OneWeb, SES [Société Européenne des Satellites] et Télésat ont été annoncés comme partenaires à ce projet-là. Je me pose la question, à savoir quelle place vont-ils pouvoir prendre dans ce projet-là face à la domination, par exemple, d’un Starlink, SpaceX Starlink, ça pose effectivement la question de la répartition des pouvoirs. Ce qui m’intéresse aussi là-dedans c’est de voir comment on a des impérialismes privés qui viennent, qui émergent des pouvoirs technologiques.

Natacha Triou : Xavier Pasco, sur cette question.

Xavier Pasco : C’est effectivement tout à fait vrai et, en même temps j’allais dire, quand vous parlez d’espace à un militaire aujourd’hui, les mots qui lui viennent à l’esprit c’est « résistance, résilience ». Il faut que ce soit le moins vulnérable possible et, le cas échéant, si quelque chose arrive, que ça reprenne sa forme initiale le plus rapidement possible. Pour cet aspect de résilience, il pense immédiatement « fragmentation » : il faut se distribuer au maximum sur différents systèmes de façon à ce que si l’un de ces systèmes tombe en panne on puisse basculer très vite sur l’autre. C’est un peu la démarche de l’OTAN qui a une démarche générale de ce type par rapport au spatial, on en parle pour les télécommunications, on en parle aussi pour l’observation de la Terre. Par exemple, l’OTAN veut utiliser de plus en plus des satellites commerciaux d’observation de la Terre ; on en parle pour la surveillance de l’espace, il y a maintenant des réseaux privés de surveillance de l’espace, eh bien les militaires, les gouvernements veulent pouvoir utiliser ça. Il y a cette idée de distribution qui est un peu, je dirais d’une certaine manière intellectuellement, qui accompagne, qui a toujours accompagné cette idée de réseau finalement et c’est un peu l’idée d’Internet. L’idée initiale d’Internet était de faire ce réseau qui serait plastique, qui serait presque vivant quelque part. En fait, au fil des années, on a bien vu qu’Internet suscitait des rapports de force, était très ancré géographiquement, avec des serveurs qui sont centralisés, etc., et on commence à reparler de décentralisation. Donc, tout cela bouge et ça bouge aussi en fonction de l’époque et de la conception qu’on a de la communication.

Natacha Triou : Ce réseau de l’Internet de l’espace repose sur ces satellites, peut-être peut-on revenir un peu plus précisément sur ces technologies, Xavier Pasco, parce que, au départ, les satellites géostationnaires ne sont pas ceux que l’on voit justement dans la constellation de Musk, de Starlink. Quelle est la différence ? Quelles sont leurs spécificités ?

Xavier Pasco : Absolument. Pendant des décennies, en réalité depuis les débuts de l’histoire spatiale, depuis les années 60 avec le premier satellite américain géostationnaire. Qu’est-ce qu’un satellite géostationnaire ? Un satellite géostationnaire est un satellite qui se trouve à environ 36 000 kilomètres d’altitude au-dessus du globe terrestre, au-dessus de l’équateur et nulle part ailleurs. Pourquoi cette altitude est-elle importante ? Parce que, physiquement, c’est la seule manière de faire en sorte que ce satellite reste en permanence exactement au-dessus du même point terrestre et c’est important, c’est comme si vous disposiez d’une sorte de pylône de 36 000 kilomètres de hauteur qui vous permet d’être en communication en permanence, avec l’émission, la réception, etc.
Ça a beaucoup servi, notamment dans les dernières décennies, à distribuer de la télévision. C’est-à-dire qu’en gros vous avez accès, si vous payez l’abonnement, à une antenne satellite qui va recevoir des signaux, les chaînes de télévision, depuis ce fameux satellite géostationnaire. Là tout roulait, tout marchait très bien. En revanche, c’était très compliqué de faire des télécommunications avec de l’orbite basse. Pourquoi ? Parce que là, du fait des lois de la physique, on n’est plus fixe au-dessus du point terrestre, mais on défile, on appelle ça des satellites défilants et c’est très compliqué : il faut suivre ce satellite pour avoir des communications qui restent stables. Eh bien les technologies ont évolué et, maintenant, on sait le faire. Du coup, qu’est-ce que ça permet ? Au lieu d’être à 36 000 kilomètres, on est à 500 kilomètres, donc la vitesse, ce qu’on appelle la latence, en termes de millisecondes, est beaucoup plus faible et c’est très important pour tout ce qui est interactif, tout ce qui est temps réel, etc.

Natacha Triou : La latence, c’est la vitesse du parcours de l’information.

Xavier Pasco : C’est la vitesse du parcours de l’information, on va être à quelques dizaines de millisecondes au lieu de 600 millisecondes, ça paraît rien mais en réalité, quand il s’agit de faire du temps réel et des choses un petit peu dynamiques, c’est beaucoup.

Natacha Triou : Ophélie Coelho. Comme vous dites, une demi-seconde ça peut sembler peu mais ça peut avoir un énorme impact.

Ophélie Coelho : Oui, effectivement, ça peut avoir un énorme impact.

Natacha Triou : Je ne voulais pas vous poser une colle !

Xavier Pasco : Pour les usages de l’Internet, ça a effectivement un impact notamment sur tout ce qui va être développement d’applications qui vont utiliser précisément la vitesse et qui vont utiliser le temps réel. Un truc apparemment un petit peu trivial, apparemment, le jeu en ligne. Le jeu en ligne peut utiliser ces réseaux pour avoir une sorte de réactivité qui sera beaucoup plus grande. On ne peut pas faire de jeux en ligne avec un satellite géostationnaire, par exemple, on va le faire avec des câbles.

Ophélie Coelho : Absolument. Et pour les marchés financiers, par exemple. Le marché financier le plus rapide, c’est Singapour et il y a une raison : c’est parce que, justement, ils sont très proches de l’océan, ils sont directement connectés au câble et ça a beaucoup de poids. Si on compare, par exemple, la Suisse et Singapour, eh bien évidemment, Singapour est premier.

Natacha Triou : Vous venez d’évoquer quelques facteurs d’émergence de ces technologies, mais qu’est-ce qui a permis, justement, l’émergence de constellations de satellites ? Xavier Pasco.

Xavier Pasco : D’abord, si on prend un peu de recul avec ça, on a eu une première vague de projets dans les années 90. On s’en souvient peu aujourd’hui, mais Bill Gates, par exemple, le patron de Microsoft, avait son propre projet de constellation de satellites. À l’époque il ne s’agissait pas de 42 000 satellites, on parlait de 640 satellites, ça s’appelait Teledesic. Alcatel, le grand acteur industriel français, avait aussi son projet de constellation. Qu’est-ce que c’étaient que ces constellations ? C’était pour téléphoner. On avait des gros téléphones, ça ressemblait à des briques, Iridium aussi existait, l’idée c’était de téléphoner depuis partout dans le monde. Plusieurs problèmes quand même : les marchés n’étaient pas si simples que ça parce que, au même moment, on avait l’émergence de ce qu’on connaît aujourd’hui, nos téléphones portables avec les réseaux terrestres, etc., et le marché qui restait c’était les océans, les déserts, etc., pour un marché, ce n’était pas extraordinaire, donc ces projets se sont un petit peu effondrés et puis il n’y avait pas d’Internet.
La différence avec aujourd’hui, c’est que, d’abord, on sait faire des télécoms avec des antennes très adaptées à l’orbite basse et puis, surtout, on a Internet, on regarde la télévision à travers Internet. On a donc des usages en masse d’Internet qui relancent un peu ces projets.

Natacha Triou : Ophélie Coelho.

Ophélie Coelho : Oui, tout à fait. On voit effectivement aujourd’hui l’avantage de ces constellations-là. C’est vraiment très bien pour les pays enclavés, c’est très bien quand on se retrouve au milieu de l’océan et qu’on ne va pas avoir accès aux réseaux terrestres. On voit aussi que c’est utile dans des pays en guerre où on pourrait, effectivement, leur couper plus facilement les réseaux terrestres alors qu’avec un satellite, c’est plus compliqué.
Après, tout le monde n’utilisera pas Starlink, tout le monde n’utilisera pas la connexion par satellite, sauf si, vraiment, on veut s’offrir le confort – et je ne sais même pas si c’est un confort, peut-être dans certains cas – d’avoir une connexion plus rapide dans leur commune mal connectée, je ne sais pas, mais dans certains cas, ça n’a vraiment aucun intérêt. Je pense qu’en masse on continuera, de toute façon, à utiliser les câbles sous-marins. Déjà, ce n’est pas pour rien que les grandes entreprises investissent dedans aussi, c’est parce qu’elles savent très bien que ce sont des infrastructures qui vont perdurer et qui ne peuvent pas être facilement remplacées par les constellations satellitaires parce qu’on n’aura jamais, en tout cas pour l’instant, de datacenters dans l’espace. Les centres de données restent sur terre, donc, de toute façon, on a besoin du réseau terrestre.

Natacha Triou : En attendant, on voit qu’il y a énormément de projets en cours de fabrication. Pour le moment, Starlink a le monopole, mais on a pléthore de projets en cours, Xavier Pasco.

Xavier Pasco : Oui. Notamment le meilleur ennemi d’Elon Musk, Jeff Bezos a son projet concurrent, Kuiper [9], qu’il n’a pas encore démarré, deux satellites ont été lancés. Effectivement, ça souffre la comparaison avec les 7 000 lancés.

Ophélie Coelho : Un très gros décalage !

Natacha Triou : Le projet a beaucoup de retard aussi.

Xavier Pasco : Le projet a beaucoup de retard. La société qui a mis ça en place a eu quelques difficultés, mais c’est quand même en cours. Ce qu’on sait moins, c’est qu’en Chine aussi il y a trois projets à 12 000 satellites et c’est ça qui est intéressant. Vous vous trouvez ici avec deux pays qui sont vraiment les deux pays leaders qui ont ces projets-là, on reviendra sur le projet européen ensuite qui est un tout petit peu différent.
Dans ces deux pays, vous avez trois choses, finalement :

  • vous avez des filières spatiales qui sont très performantes, aux États-Unis comme en Chine, chacun avec ses caractéristiques, qui savent lancer des choses en masse, à coût réduit, qui savent industrialiser la production de satellites à coût réduit, etc., mais ça ne suffit pas.
  • Il y a une deuxième chose : il y a ces industries de la tech, ces industries de l’information, les GAFAM d’un côté, les BATX de l’autre, les Alibaba, les Tencent, qui se rendent compte qu’inclure le spatial low cost dans leurs réseaux accroît leur rentabilité propre, donc ça commence à créer des partenariats entre ces gens de la tech et le spatial.
  • Mais il faut un troisième acteur, un gouvernement, qui va injecter beaucoup d’argent public pour démarrer, j’allais dire pour amorcer la pompe, et pour faire en sorte que cette alliance, ce partenariat, ce mariage, cette fusion, je ne sais pas comment le dire, prenne, que la mayonnaise prenne en quelque sorte.

On voit ça aux États-Unis, c’est vraiment ce qu’on voit avec Space X, Microsoft Azure. Bezos cumule les deux choses : il a à la fois Amazon, premier acteur du cloud mondial et il veut mettre en place Kuiper. On voit bien ce mariage.
En Chine, on a les mêmes éléments avec les caractéristiques chinoises. Il faut toujours se méfier des analogies, ça reste un pays différent, mais on voit bien qu’on a les composantes.
En Europe, il faut s’interroger là-dessus. On a un autre projet, le projet IRIS squared, comme vous avez dit, IRIS 2 [1], qui est un projet différent, qui vise d’abord à sécuriser les communications gouvernementales et à faire en sorte qu’on soit souverain dans la manière de communiquer en Europe. C’est un premier point. Après, pour tout ce qui est business, c’est un peu différent !

Ophélie Coelho : Tout à fait. Il y a vraiment un parallèle à faire entre le développement du numérique et du spatial sur les investissements des États. On a quand même une très grande différence entre les États-Unis et la Chine.
Aux États-Unis, on a effectivement des entreprises qui veulent avoir une présence sur toutes les couches technologiques : elles sont dans le numérique, elles sont sur le réseau, elles essayent aussi d’être sur tout ce qui est devices, téléphones, PC, etc. En fait, elles essayent de prendre toute la place sur la chaîne de dépendance technologique et l’État américain ne les a pas empêchées de le faire.
En Chine, il y a une autre logique. On a des acteurs qui sont financés, qui sont soutenus par le parti État chinois. En revanche, le parti État chinois s’est dit qu’il allait profiter des avantages du capitalisme, mais pas des inconvénients, ce qui fait qu’il tient bien ses acteurs privés, il évite que ses acteurs privés prennent trop d’importance, il a donc segmenté assez tôt, sur les couches technologiques, les différents acteurs. II y a des acteurs du numérique, il y a des acteurs des télécoms, ceux qui investissent sur les câbles vont rester des acteurs des télécoms, et il y a des acteurs du spatial.

Natacha Triou : Concernant les chiffres exacts, les Chinois ont trois projets de constellation : deux projets à 12 000 satellites et un projet à 13 000. Comment l’Europe se positionne-t-elle parmi ces acteurs ? Restez avec nous.

[Pause musicale]

Natacha Triou : Satellite walk par John Cale, en direct sur France Culture, car nous parlons des constellations satellites et de l’Internet de demain. On en parle avec nos deux invités du jour, Xavier Pasco, directeur de la Fondation pour la recherche stratégique et spécialiste des questions spatiales, et Ophélie Coelho, chercheuse indépendante en géopolitique du numérique et doctorante au Centre Internet et Société du CNRS et du CARISM.
On vient de parler de la pléthore de projets, qu’il y a, de méga-constellations. On a rapidement évoqué le projet européen IRIS2 [1] dont on a dit que c’est un projet qui n’est pas comme les autres. Pourquoi, Xavier Pasco ?

Xavier Pasco : C’est un projet qui est né d’une préoccupation de l’Union européenne, de la Commission et, en particulier, de son commissaire, le commissaire concerné, Thierry Breton à l’époque, de garantir la souveraineté de l’Europe dans le domaine des télécommunications. En voyant émerger ces grands systèmes satellitaires, notamment, il y a cette idée que, finalement, on voit se mettre en place des grandes infrastructures qui deviendront incontournables. La préoccupation c’était vraiment de faire en sorte qu’on ait un système alternatif, qui ne concurrence pas complètement ce système-là, mais qui soit suffisamment performant pour garantir une forme de souveraineté. C’est un peu comme l’accès à l’espace. Quand vous voulez être un peu souverain et avoir une marge de manœuvre dans vos décisions en matière d’espace, eh bien il faut que vous ayez votre propre lanceur parce que, à ce moment-là, vous serez capable de contrôler ce que vous ferez dans l’espace. Si vous n’avez pas accès à votre propre lanceur, vous dépendrez d’autres. Là, c’est un peu la même chose. Vous lancez votre information, si vous passez par quelqu’un qui vous coupe le robinet, c’est fini !
Il y a donc cette idée d’avoir ça. C’est ce qu’on appelle des Flagship Programs pour l’Union européenne. Il y en a trois :

  • Copernicus [10] est le programme qui garantit à l’Union européenne la capacité à suivre l’environnement terrestre et, au passage, ça fait de l’Europe l’acteur majeur mondial au plan de la surveillance de l’environnement, on ne le sait pas, je pense que ça devrait être plus martelé ;
  • deuxièmement Galileo [11]. Galileo c’est ce qu’on a appelé le GPS européen, ce programme qui permet à la fois de se situer et de synchroniser les réseaux, c’est très important. Si vous perdez la souveraineté là-dessus, vous ne maîtrisez plus les réseaux, donc on a fait Galileo ;
  • et là on fait IRIS2, IRIS squared [1], [Infrastructure for Resilience, Interconnectivity and Security by Satellite], c’est l’acronyme européen, pour garantir une souveraineté solide.

C’est donc d’abord pour les gouvernements, c’est vraiment très clair. On va utiliser des très hautes technologies pour faire ça, des distributions de clés quantiques, de la cryptologie de très haut niveau. L’Europe est vraiment au top de la résilience technologique.
Après, on n’a pas du tout le même business plan que celui que va voir un acteur comme Starlink qui va essayer de vendre ça à des gens.

Natacha Triou : Oui, puisque le projet prévoit 300 satellites. Est-ce que c’est suffisant pour les objectifs que vous évoquez, Xavier Pasco ?

Xavier Pasco : Il y a différentes altitudes. Il y aura à la fois des satellites en orbite basse, des satellites en orbite moyenne. Ça tire parti, en fait, d’un consortium qui a repris ça en main, conduit par Eutelsat, on va dire ça en bon français, qui comprend SES, qui comprend d’autres acteurs qui ont chacun des flottes préexistantes et qui vont essayer de faire se parler entre eux ces différents satellites. On a des couvertures différentes, des altitudes différentes, c’est un petit peu différent, mais ça suffit, enfin on espère, pour les communications qu’on veut faire. Ensuite on verra et c’est ça le point d’interrogation : comment ces opérateurs, au-delà de ces marchés publics, vont-ils essayer de faire fructifier commercialement cette capacité ? Il y a de fortes chances pour qu’ils aient suffisamment de capacité pour le faire.

Natacha Triou : Ophélie Coelho.

Ophélie Coelho : Sur l’offre commerciale, ça dépend. Pour IRIS2, je ne sais pas si on aura vraiment une offre commerciale du coup, certainement moins, ce sera plus stratégique. Par contre, pour les grandes constellations satellitaires commerciales grand public, oui, il y aura de toute façon des offres commerciales ; après, par rapport à l’investissement qui a été fait, est-ce que ça suffira pour compenser ?, ce n’est pas sûr. On ne sait pas si ces constellations satellitaires seront vraiment utiles et, au final, utilisées par la masse, on va dire.
Ensuite, on se pose une question dans ce domaine-là. Il n’y aura pas de la place pour tout le monde, de toute façon. Autant, dans l’océan, il y a encore pas mal de place, les chemins commencent quand même à être assez comblés, au niveau de l’orbite spatiale, l’orbite terrestre, il y a quand même de moins en moins de place et la question des déchets n’est pas non plus résolue pour l’instant. Donc, de toute façon, il va y avoir de plus en plus de concurrence sur ces espaces-là.
Ensuite, pour l’Europe, le problème est que, de manière globale sur toutes ces technologies, que ce soit spatiale, que ce soit numérique, que ce soit maintenant au niveau des télécoms, il y a de plus en plus de dépendances, des dépendances stratégiques qui font qu’elle est de moins en moins en capacité de négocier quand on est dans une situation de crise ou de conflit géopolitique. IRIS2 est évidemment une bonne initiative dans ce sens-là, puisque ça vise justement un domaine stratégique qui est de protéger les intérêts de l’Europe et je pense que, en l’occurrence dans le numérique, on doit pouvoir faire pareil pour protéger des intérêts qui sont ceux de la société, par exemple dans la santé, dans l’éducation, dans la sécurité et ça c’est un peu un angle mort, jusqu’à présent, des stratégies européennes. On est plutôt des bons consommateurs de technologies américaines et sous-jacentes chinoises aussi, parce qu’on consomme aussi beaucoup chinois, et finalement, quand on se retrouve dans un monde un peu bipolaire en termes de géopolitique, aujourd’hui en tout cas, eh bien on est en difficulté, on se trouve en difficulté, en défaut de capacité de négociation.

Natacha Triou : Je vous rejoins sur l’interrogation que vous posiez à l’instant, Ophélie Coelho, sur cette concurrence sur cet espace-là. On a les 12 000 satellites prévus de Starlink, 42 000 à terme, ceux de la Chine, Kuiper. Comment tous ces projets vont-ils pouvoir coexister entre eux, Xavier Pasco ?

Xavier Pasco : C’est une vraie question. Aujourd’hui on s’interroge beaucoup au-delà de ces projets, mais ces projets ont renforcé le questionnement sur ce qu’on appelle la gestion du trafic spatial. En gros, on s’interroge sur le fait d’avoir une sorte de code de la route du spatial pour éviter les collisions, etc. Tout cela est donc très compliqué.
Il y a aussi, ce que disait Ophélie à l’instant, le risque même que des débris, qui, eux, sont complètement incontrôlables, viennent percuter ces constellations, que des effets en cascade se produisent, ce qu’on appelle le syndrome de Kessler [12] du nom d’un physicien qui a modélisé cela, si on dépasse un certain nombre de débris. Un débris de un centimètre suffit à tuer un satellite, dans l’espace ça va très vite, on est dans des vitesses et des énergies très élevées, on fait donc très attention à cela.
Il y a un autre point, ce sont les fréquences. Par exemple, si on prend l’ensemble des projets qui sont prévus et dont les dossiers sont en passe d’être déposés à l’Union internationale des télécommunications, on pourrait aller vers 50 à 100 000 satellites en orbite d’ici dix ans. Et là, on ne sait pas comment faire coexister ces satellites sans qu’ils se brouillent eux-mêmes les uns les autres. C’est un autre point et c’est vraiment important, ça reste un point essentiel.
Je voulais revenir sur l’aspect rentabilité. C’est effectivement un autre point d’interrogation pour ces constellations satellitaires. Starlink a commencé en 2019, on va dire, Musk dit qu’il a atteint la rentabilité l’année dernière avec à peu près sept milliards de revenus et il a vendu l’essentiel à des souscripteurs, quatre ou cinq millions de souscripteurs aux États-Unis notamment, passons. On voit quand même monter comme client, et ce n’est pas du tout une surprise, c’est le client gouvernemental, c’est le client militaire, parce que, en réalité, une infrastructure comme celle de Musk c’est quelque chose qui vient au service des États sans que ces États aient eux-mêmes à construire cette infrastructure. Il y a donc une espèce de jeu gagnant-gagnant que les États entretiennent dans leurs rapports avec Musk, ce qui crée des ambiguïtés de relations.

Ophélie Coelho : Comme avec tous les acteurs du numérique d’ailleurs

Natacha Triou : Et puis il y a l’exemple de Georgia Meloni, en Italie, qui achète 1,5 milliard d’euros de services Starlink, ça bouscule l’Europe et les industries européennes également.

Xavier Pasco : Le signal n’était pas très bon, l’Italie est en train de financer IRIS2, précisément. On peut dire qu’IRIS2 n’est pas encore en orbite, on a donc besoin de ces communications, certes, néanmoins, le signal politique n’était pas très bon.

Ophélie Coelho : C’est aussi un copinage politique.

Natacha Triou : Le réseau câblé est-il obsolète ? Pas encore. Restez à l’écoute.

Voix off : France Culture – La Science, CQFD – Natacha Triou

Natacha Triou : En direct sur France Culture, nous nous posons une question : l’Internet par satellite sera-t-il une alternative aux réseaux filaires traditionnels ? Une question que l’on pose à nos deux invités du jour : Xavier Pasco et Ophélie Coelho.
Tous les câbles qui quadrillent le fond nos mers, de nos océans, tous ces câbles qui traversent nos routes et nos villes en souterrain, maintenant qu’ils sont là, ne pourrait-on pas les utiliser aussi pour faire de la science. C’est la question que l’on se pose dans le reportage du jour, avec vous, Loïc Duthoit, bonjour.

Loïc Duthoit : Bonjour Natacha.

Natacha Triou : Vous vous êtes rendu au laboratoire Géoazur de l’Université Côte d’azur où l’on fait de la science grâce aux câbles de télécommunications et aux fibres optiques qui sont déjà installées au fond de la mer.

Loïc Duthoit : Tout à fait. S’il y a bien une question qu’on ne se pose jamais c’est : comment mesure-t-on ce qu’il se passe au fond de l’eau ? Comment savoir qu’une onde sismique a traversé le plancher océanique ? Comment capter le chant des baleines ou encore comment connaître la température de l’eau au fond de l’océan ? Eh bien, la réponse c’est que c’est compliqué, c’est très compliqué même. D’habitude, il faut faire des campagnes en bateau pour aller placer des capteurs sous l’eau, puis il faut faire de nouvelles campagnes en bateau pour aller récupérer ces capteurs et leurs données, bref !, tout cela est très long et très cher. Anthony Sladen a d’ailleurs l’habitude de ce travail de longue haleine, lui qui est chercheur au CNRS et spécialiste de la métrologie du fond des mers, alors forcément, quand il a appris qu’on pouvait sonder le fond des mers grâce à des câbles de télécommunication déjà installés sous l’eau, il a tout de suite senti que le potentiel était immense.

Anthony Sladen : Là, pour moi, ça reste encore assez magique, c’est-à-dire qu’on va dans la salle où arrive le câble fond de mer, on pose le système, on l’allume, on se branche et instantanément on a l’équivalent de milliers, de centaines de milliers de capteurs sans avoir fait le moindre effort. On passe d’une situation où c’est extrêmement difficile d’avoir quelques points de mesure à une situation où c’est trivial d’obtenir des centaines de milliers de points de mesure.
J’insère la fibre de la même manière que sur votre modem internet si vous êtes relié à la fibre.
Ce boîtier ressemble à un boîtier standard d’ordinateur, il a juste la spécificité, en apparence, d’avoir ce port ici devant, un port optique, ça peut être un câble de télécommunications à terre, ça peut être un câble télécoms fond de mer, en gros, n’importe quelle fibre optique standard va marcher. Ça envoie de la lumière. Une particularité des fibres optiques, c’est qu’il y a des petits défauts tout au long de la fibre optique. La fibre optique c’est du verre. Dans son processus de fabrication, on chauffe la fibre optique, on l’étire et on la refroidit. Malgré les progrès, on a toujours des petits défauts dans la structure du verre et quand la lumière arrive sur ces défauts, ils renvoient une partie de la lumière dans toutes les directions, notamment dans la direction opposée au « pulse » de lumière qui arrive sur le défaut.

Loïc Duthoit : Comme un effet miroir.

Anthony Sladen : Voilà. Ils ont un peu le rôle de miroir partiel, ce qui laisse quand même l’essentiel de la lumière passer, mais ils en renvoient une partie et c’est cette petite partie, cette petite fraction qui revient, qu’on analyse. On sait, en gros, où sont placés ces miroirs le long de la fibre parce qu’on connaît la vitesse de la lumière dans la fibre optique, c’est donc juste le temps d’aller-retour. On chronomètre les petits échos qui reviennent, on convertit ce temps en position le long du câble et après on analyse comment ce signal, en chaque point de la fibre, varie.
Aujourd’hui, avec les dernières versions de ces systèmes-là, on est capable, en gros, d’avoir des points de mesure tous les mètres. Ça veut dire que sur 100 kilomètres de fibre on a potentiellement 100 000 capteurs, par exemple. Les derniers systèmes sont capables de faire des mesures en parallèle du trafic télécoms. Si on veut utiliser une fibre optique spécifique, où il y a déjà du trafic, on n’est pas obligé d’interrompre le trafic télécoms pour faire nos mesures. En fait, la fibre nous sert un peu de ce qu’on appelle un transducteur, c’est-à-dire que ça permet de traduire une perturbation – l’onde sonore ou même un changement de température – en un signal que nous sommes capables d’interpréter et de relier à l’onde sismique sonore, température, qui la génère.br/>
Je vais vous montrer un système de mesure qui est branché actuellement sur ce câble entre l’Italie et Monaco. Le système est installé à Monaco, il est relié à Internet, du coup, je peux aller me connecter dessus pour visualiser ce qui se passe en temps réel.

Loïc Duthoit : Là, on a sous les yeux un graphique.

Anthony Sladen : C’est une image qui bouge tout doucement, qui représente les mesures le long du câble. Sur cet axe on a les 75 premiers kilomètres du câble et, en vertical, le graphique se déplace vers le bas, ce sont les trois dernières minutes. Là, il ne se passe pas grand-chose.

Loïc Duthoit : On a un gradient de bleus et de bleus clairs qui bouge très légèrement.

Anthony Sladen : Pour l’œil un peu exercé, en fait il se passe des choses. Les petits traits que vous voyez, ce sont des cétacés qui sont en train de chanter, seulement ils sont côté italien, ils doivent être assez loin, du coup de faibles échos sont enregistrés tout au bout du câble.

Loïc Duthoit : Tous ces petits traits horizontaux bleu clair, vous savez que c’est un cétacé qui chante.

Anthony Sladen : Exactement. C’est un rorqual commun. Ils émettent des signaux caractéristiques, très stéréotypés, d’ailleurs on voit, sur la dernière minute, que les signaux deviennent de plus en plus importants, peut-être qu’à la fin de notre discussion on les verra de manière encore plus claire.

Loïc Duthoit : Les signaux qu’on voit de ces cétacés, c’est quelque chose qu’on peut retranscrire en sons, on peut arriver à transformer ça vraiment en ondes sonores et savoir quel est le chant de ces cétacés ?

Anthony Sladen : Ça peut être une façon d’analyser les signaux que de les convertir en fichiers son et d’écouter. Vous entendez les impulsions, c’est typiquement le chant du rorqual.

Loïc Duthoit : Ce qu’on entend, le bruit qui se répète.

Anthony Sladen : Il a été un peu travaillé pour qu’on puisse l’entendre avec notre oreille humaine.

Loïc Duthoit : À priori, c’est si basse fréquence qu’on ne peut pas l’entendre avec notre oreille ?

Anthony Sladen : C’est à la limite de ce qu’on est capable d’entendre avec l’oreille humaine. Ça dépend des gens, certains vont pouvoir le percevoir, mais pas forcément tout le monde. Là on a monté beaucoup, on a multiplié par dix la fréquence.

Loïc Duthoit : Ce sont les mêmes signaux en plus aigus.
Pour vous c’est dans quel champ d’application que l’utilisation de ces câbles est la plus utile ?

Anthony Sladen : J’ai une affinité pour les applications sur l’océan. Je vois un potentiel qui est vraiment énorme, mais, globalement, ce sont tous les milieux qu’on a du mal à instrumenter habituellement. Mettre des capteurs à terre, c’est quelque chose qu’on arrive à faire, pas toujours facilement, mais qu’on arrive en général à faire. Mais il y a des milieux, par exemple le milieu urbain, où c’est compliqué de déployer beaucoup de capteurs ; dans les milieux froids, Arctique, Antarctique, les glaciers, ce n’est pas toujours évident de mettre en place des capteurs. Là, on peut facilement déployer des câbles pour avoir des mesures qu’on n’arrivait pas à avoir par ailleurs.
Par exemple récemment, des collègues, en Suisse, ont fait des mesures sur un glacier et ils ont montré que l’écoulement du glacier, qui s’apparente à un écoulement un peu fluide, on va dire, était en fait composé, quand on regardait dans le détail, de micro-événements qui sont plutôt des saccades, donc des mouvements qui ressemblent plus à des microséismes à l’échelle de la structure du glacier.
Je viens de rouvrir la visualisation sur le système, sur le câble entre Monaco et l’Italie, ce qui vient juste d’apparaître à l’instant ce sont des ondes qui traversent tout le câble sur les 75 kilomètres qu’on est en train de suivre, des signaux très clairs qui, à priori, sont liés à des séismes qui ont eu lieu au large de l’Algérie. Vu l’intensité du signal qu’on enregistre, ce sont probablement des séismes de magnitude 2 – 3.

Loïc Duthoit : Là on vient de voir un séisme en direct parce que je vois le temps à côté c’est 17 secondes. Le câble a capté des ondes sismiques il y a 17 secondes.

Anthony Sladen : Le séisme a eu lieu il y a huit minutes, parce que c’est le temps pour les ondes sonores, dans l’océan, de se propager entre l’Algérie et Monaco.

Loïc Duthoit : D’accord. Donc mercredi 29 janvier, 11 heures 25, il y a eu un séisme en Algérie.

Anthony Sladen : On voit même qu’il y en a eu deux.
On voit aussi, par rapport à tout à l’heure, tout à l’heure on détectait des signaux des rorquals plutôt en bout de câble, on était à peu près vers Sanremo, et là on les détecte de manière un peu plus prononcée côté Monaco. Ça traduit le fait que le rorqual n’est plus au même endroit. Peut-être qu’il s’est rapproché ou peut-être qu’il est dans une configuration géométrique qui fait que le signal se propage mieux jusqu’aux parties du câble qui sont côté Monaco. Tout cela ce seront des travaux à faire, sur les années qui viennent, pour comprendre à la fois la réponse du câble aux signaux, mais aussi comment les signaux se propagent dans le milieu et, avec tout ça, on va gagner énormément en connaissance. On sait que l’étude de l’environnement, à un moment, quand on a une rupture en termes de système d’observation, derrière il y a des choses qui vont être découvertes. On ne peut pas le garantir, on ne peut pas en être sûr, ce sont des petits progrès, on va dire, pour l’instant, mais je pense que certaines questions scientifiques majeures vont être débloquées grâce à ces systèmes de mesure.

Natacha Triou : Merci Loïc Duthoit pour ce reportage.
On entendait, dans ce reportage, des tests menés sur des câbles hors-service. Ophélie Coelho, cela est aussi un sujet. Un grand nombre de câbles en fond de mer, ont été installés à la toute fin du 20e siècle, ils arrivent donc doucement en fin de vie.

Ophélie Coelho : Oui absolument. Et c’est vrai que la technologie évolue, donc, de toute façon, ils ne répondent pas toujours aux normes techniques dont on aurait besoin aujourd’hui dans les usages numériques. À un moment donné, ils sont effectivement remplacés par des câbles plus récents, avec des matériaux plus récents et avec des capacités, des bandes passantes bien supérieures.

Natacha Triou : Xavier Pasco, vous évoquiez justement la vulnérabilité de tout ça.

Xavier Pasco : Oui, que ce soit la vulnérabilité des câbles. Ophélie évoquait tout à l’heure les accidents qui peuvent se produire sur un câble et Dieu sait si on voit, en ce moment, la tension, si j’ose dire, qu’il y a sur ces câbles. Pour les satellites, c’est la même chose. Un satellite, c’est éminemment fragile, je disais tout à l’heure qu’un tout petit débris peut tuer un satellite, directement. On se rend bien compte que ces infrastructures dont on dépend de plus en plus sont finalement des infrastructures très fragiles et ça pose tout un tas de questions pour les gouvernements, notamment pour les usages militaires qui dépendent de plus en plus de tout ça. Ça pose quand même de vraies questions de fond sur la manière de s’organiser.

Natacha Triou : En effet. En plus, à Mayotte, on a vu récemment aussi, suite à la catastrophe naturelle, qu’on a eu recours à l’Internet par satellite.

Xavier Pasco : Bien sûr. Le grand opérateur national historique était un petit peu déçu de tout ça, mais il faut bien se rendre compte qu’aujourd’hui, pour ce qui concerne les satellites, cette fameuse constellation Starlink est notamment dans une configuration telle qu’on peut très vite s’équiper à des coûts qui sont très raisonnables, 200 antennes satellites Starlink ça ne va pas grever le budget de l’État, même si, aujourd’hui, nous faisons très attention à notre budget, et surtout ça devient opérationnel très rapidement. Là, on est vraiment dans le cas d’école de l’utilisation du satellitaire qui vient compléter temporairement le cas échéant, un réseau qui est complètement à l’arrêt.

Natacha Triou : Pour tout comprendre de la fragilité des satellites et du syndrome de Kessler que vous évoquez il y a quelques instants je vous invite à écouter notre podcast « Pollution orbitale : espace disque saturé » [13]. Dans quelques secondes, on retrouve la chronique « Avec sciences », mais, pour prolonger l’écoute, je renvoie nos auditeurs et nos auditrices vers votre ouvrage, Xavier Pasco, La ruée vers l’Espace : Nouveaux enjeux géopolitiques. La guerre du ciel est déclarée , paru en 2024 aux éditions Tallandier.
Et tout de suite, c’est la chronique « Avec sciences ».

[Partie non transcrite]